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Agora-finie

L'agoraphobie dans mon cas a été le symptôme d'une maladie de la thyroïde (Basedow pour ceux qui connaissent), mais elle n'en a pas moins été une "vraie" phobie surtout en ce qu'elle a résisté à la guérison physique. C'est la raison pour laquelle il m'a fallu passer par une thérapie cognitive et comportementale pour en sortir. Après une année d'application minutieuse des recommandations de DTA et des livres écrits par les spécialistes de la phobie : Je suis guérie. Complètement guérie. Je suis libre de ces pensées catastrophes, libre de l'anxiété permanente, libre de la panique. Et je suis libre de mon ventre !!

D'abord, des malaises physiques

Depuis longtemps déjà, j'avais des problèmes digestifs, des malaises, je maigrissais, en bref, ça n'allait pas du tout. Les médecins étaient persuadés que tout était "dans ma tête". J'avais essayé nombre de médicaments de type anti-dépresseurs et anxiolytiques. Durant l'hiver 2003 je ne tiens plus debout. Je suis atteinte d'une sorte de gastroentérite chronique accompagnée d'insomnies, de bouffées de chaleur et d'emballements cardiaques. Les choses empirent et petit à petit je commence à craindre de m'évanouir à la moindre sortie. Après quelques semaines épuisantes, un gastroentérologue me donne un traitement qui entraîne une aggravation importante, une antibiothérapie dont je n'avais finalement pas besoin.

Au cours du traitement, pensant que je devrais aller mieux, je vais à un rendez-vous à quinze minutes à pied de chez moi. En partant je me sens à peu près bien. J'attends depuis quelques minutes quand soudain, sans prévenir, je sens que je dois trouver des toilettes dans les minutes qui suivent sous peine de catastrophe. Je pense à rentrer chez moi, mais crains de ne pas en avoir le temps. Je dois trouver des toilettes où, pardonnez-moi, je me vide totalement. Je m'apercevrai plus tard en lisant la notice des médicaments que je prenais, que c'était un symptôme courant du traitement.

La peur de la peur s'instale

Dans les jours qui suivirent et malgré le fait que je savais d'où provenait ce malaise, j'ai commencé à avoir peur de me retrouver dans la même situation. J'imaginais que je me retrouvais en rendez-vous et qu'il n'y avait pas de toilettes. Curieusement, je me souvenais parfaitement que lors de cette expérience, je n'avais pas eu la moindre angoisse. J'étais passée automatiquement sur mode "sauvetage" et, comme d'habitude, je me suis très bien sortie d'affaire. J'avais conscience que mon approche des choses était en train de changer mais je ne me rendais pas encore compte que je commençais à éviter les risques.

Petit à petit, je me retrouve dans une situation extrême : impossible de sortir de chez moi sans avoir un tord boyaux. Je commence à avoir davantage peur de la crise de panique que de son origine. Je suis terrorisée à l'idée que je pourrais tomber ... mourir, je crois. Car enfin, je n'ai pas peur d'une situation extérieure, j'ai peur de m'écrouler, d'être anéantie, de n'être plus qu'une larve épouvantable et épouvantée qui ne contrôle plus rien. J'ai peur de la peur. Je réduis mes sorties, ne fais plus que le stricte nécessaire et surtout, me bourre d'anxiolytiques si je dois faire quelque chose d'indispensable. Mais ceux-ci finissent par ne plus agir malgré les doses importantes. Je plonge doucement mais sûrement vers l'enfer.

À l'automne, je décide d'aller voir un psychiatre pour trouver une aide car je n'en peux plus. Évidemment, je prends le plus proche de chez moi ! J'y vais à reculons. Ce médecin me donne un antidépresseur qui me rend complètement amorphe. Au bout de quatre mois, je lui explique que le fait de me sentir diminuée augmente ma peur de ne pas arriver à me sauver en cas de problème. Mais elle n'écoute rien. Persuadée que la dépression n'est pas mon véritable problème, je la quitte sans regret.

Je trouve alors une psychologue clinicienne qui me semble plus ouverte. Je comprends, grâce à elle, comment j'ai pu en arriver là. J'épluche mon enfance, mes traumatismes, mes erreurs. Je perçois que ma difficulté à m'affirmer, à dire non est un point crucial de la phobie. J'ai la réputation d'avoir un sacré caractère et une énergie peu commune, mais hurler pour se défendre n'est pas la même chose que dire "non" pour être respectée. Je fais un tri passionnant et très utile. Mais j'ai toujours aussi peur. J'ai même de plus en plus peur. Les entretiens sont un supplice qui me fait trembler d'une semaine sur l'autre. Il me semble que d'une origine inconsciente et vraisemblablement sexuelle de la phobie ne correspond pas à mon problème. Je sais que ce n'est pas "par là". Je quitte la psychologue.

Enfin, une réponse : l'agoraphobie

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Les semaines passent. C'est une des pires périodes de ma vie. Je finis par demander moi-même un examen de la thyroïde à mon généraliste qui signe l'ordonnance de prise de sang en haussant les épaules. "Ca se verrait" dit-il. Résultat : maladie auto-immune de la thyroïde expliquant tous mes symptômes, y compris les maux de ventre !

Après de longues péripéties dont je vous fais grâce, je trouve enfin un spécialiste digne de ce nom qui me soigne bien. En trois mois, je sors de l'hyperthyroïdie. Six mois plus tard, je suis complètement stabilisée. Mais si la maladie est certainement à l'origine de la phobie, sa guérison n'a pas amélioré mon état psychique. Je me retrouve alors en relative bonne santé physique (pas plus de problèmes de ventre que n'importe qui), mais la terreur est toujours là. Il va falloir que je prenne le taureau par les cornes si je veux m'en sortir.

Je n'imagine pas un seul instant rester dans cet état toute ma vie. La moindre obligation à l'extérieur est un vrai cauchemar qui peut durer deux semaines avant l'échéance. La seule idée d'aller à la supérette du coin me donne des sueurs froides et même la boulangerie en bas de chez moi ne me voit plus que rarement. Je passe mon temps à angoisser. J'imagine sans cesse des choses terribles. J'ai peur et c'est invivable. Je cherche par tous les moyens comment sortir de l'ornière.

Je me mets à fouiller pendant des heures sur le Net. Je lis tous les livres sur les phobies que je peux trouver dans les rayons des grandes librairies, que ce soit en psychanalyse ou en thérapie comportementale et cognitive. Et je tombe sur DTA. Je lis la documentation. Très vite, une des idées principales des thérapies cognitives me semble étrangement réaliste : La phobie est le résultat du fait que le cerveau est entré dans un mode de traitement de la situation aberrant. L'origine du processus est intéressante, mais son étude ne peut pas donner d'amélioration spectaculaire. En effet, ce n'est pas la compréhension du phénomène qui guérit mais bien la véritable "rééducation" d'un fonctionnement cognitif qui pour une raison ou pour une autre a déraillé. Tout devient clair : je suis comme une championne de tennis qui aurait oublié comment tenir une raquette. Savoir comment on a oublié ne permet pas de récupérer ses compétences. Il faut une rééducation physique. Petit à petit, celui-ci reprend ses anciennes habitudes et son fonctionnement normal. C'est un entraînement. Si notre cerveau a appris à 40 ans à fonctionner de travers, c'est qu'il peut tout aussi bien apprendre l'inverse, non ?

Le travail commence, la rééducation

Persuadée que j'ai enfin trouvé la solution, je me mets au travail : tous les jours, une sortie de plus en plus longue, de plus en plus loin. Je commence par aller à 100 m de chez moi. Je tourne dans les rues, je regarde les vitrines... et ma montre. J'attends que l'anxiété baisse, j'attends d'être "habituée" pour revenir. C'est un défi quotidien. J'ai des bouffées de chaleur, je tremble, mon coeur s'emballe, je stresse, mais comme je ne veux pas rester phobique, je me concentre sur la détente, la baisse de l'anxiété, et n'accepte de rentrer que lorsque je pense être capable de rester plus longtemps. Le principal étant de revenir avec une victoire. Bien sûr, je ne gagne pas à tous les coups au début. Le soir, je relis les principaux chapitres des livres qui expliquent cette méthode ainsi que la documentation de DTA. Je commence ces exercices en novembre 2006. Je profite des achats de Noël pour avoir une motivation de sortie.

En février je suis capable de m'éloigner de chez moi, de faire des courses, d'aller au supermarché, de passer le mythique Pont d'Aquitaine en voiture. Mais je suis encore dans l'incapacité d'aller à un rendez-vous ou en voiture avec quelqu'un. Je craque un peu. C'est long, difficile, fatigant. Je lâche un peu pendant quelques semaines. Je n'y arrive plus, j'ai l'impression de régresser. Et puis, soudain, en mars, c'est reparti. Je multiplie les exercices. Je fais des progrès. J'arrive à partir à 10 Km avec un début de tord boyaux (qui disparaît tout seul à partir du moment où j'ai décidé que "Non je ne t'obéirai pas !", quitte à avoir une catastrophe). À partir de ce jour, j'ai constaté que ce que dit Stanzie est très vrai : Il ne faut pas obéir à la peur !

Début mai, un événement familial me plonge en plein cauchemar. La phobie revient en force.

Je me décide à aller consulter

Je n'ai plus qu'un recours: prendre rendez-vous avec un spécialiste de la thérapie comportementale. Ce médecin m'apprendra deux choses capitales dans ma démarche vers la guérison :

  • Les anxiolytiques pris à la demande n'ont aucun effet réel sur l'anxiété de fond. Ils aident à passer en force, ce qui est la dernière chose à faire. En cas d'anxiété grave, on peut prendre un traitement, mais uniquement conduit et surveillé de près par un spécialiste de l'anxiété. Le but recherché est d'éviter le moment où l'on crée l'attaque de panique. C'est donc bien plus tôt (plusieurs heures avant l'échéance) qu'il faut agir. Une fois l'anxiété déclenchée, on ne peut plus agir correctement avec un médicament. Les médicaments servent à permettre de vivre les situations sans panique de façon à habituer le cerveau à un nouveau mode de fonctionnement. Une fois l'habituation obtenue avec les médicaments, il faut petit à petit apprendre à s'en passer.

  • Je suis en hyperventilation permanente. J'aurais juré le contraire ! Il me montre que je respire vite et superficiellement et m'apprend la respiration "anti-panique". Inspirer doucement par le ventre en veillant à ne pas gonfler le sternum. Suspendre l'inspiration 8 secondes. Expirer lentement par le ventre et suspendre son expiration 8 secondes. J'en profite pour détendre les muscles de mon ventre qui sont, je finis par m'en rendre compte, tellement tendus, qu'il n'est pas étonnant que j'aie mal.

Je revis enfin

Trois mois plus tard, je me sens pousser des ailes. Je me surprends à oublier complètement que j'avais pu avoir si peur dans certaines situations. Je fais les choses de plus en plus facilement. Je ne lâche pas. Lorsque je sens la tentation d'éviter quelque chose, je décide de le faire. Finalement, un an après avoir décidé de guérir et avoir commencé les expositions, je suis guérie. Je vais à la plage, au resto, je fais du shopping avec ma fille (et avec plaisir !), j'attends sans souci dans les salles d'attente... J'ai envie de plein de choses. Nous faisons enfin des projets.

Il y a eu des hauts et des bas. J'ai craqué. J'ai eu envie de tout laisser tomber et de m'enfermer pour toujours. J'ai sorti la tête de l'eau et recommencé à me battre. Ca a été long et difficile. La phobie est et restera pour toujours une partie terrible de ma vie. J'ai perdu du temps. Je n'ai pas été la mère que j'aurais voulu être pendant ces années. Je n'ai pas non plus été une compagne de tout repos. J'ai végété socialement et professionnellement. Pourtant, aujourd'hui je me sens mieux qu'avant la phobie. Je suis plus calme, plus légère, plus sage aussi. J'ai réduit mes ambitions, mais j'ai appris à profiter de l'instant présent et de ce que j'ai.

J'ai enfin pris une grande décision : à partir d'aujourd'hui, c'est moi qui décide de ma vie.

Merci Stanzie.


Poompie - (Sophie)


Petite bibliographie

Psychologie/Psychanalyse

  • Les phobies ou l'impossible séparation - Diamantis - Champs - Flammarion - ISBN 2-08-080132-5 - Pour ceux et celles qui veulent creuser, à lire !! Livre génial.
  • Psychologie de la peur - Christophe André - Odile Jacob - ISBN 2-7381-1677-9
  • L'impossible naissance ou l'enfant enclavé - Tamara Landau - IMAGO - ISBN 2-911416-98-8 - Très intéressant.
  • La peur de tout - Évelyne Mollard - Odile Jacob - ISBN 2-7381-1285-4
  • L'enfer de la fuite - Jean Garneau et Michelle Larivey _ Collection "La lettre du psy" - RED Éditions - ISBN 2-921693-57-7 - Livre non paru en France, uniquement sur commande au Québec mais ils sont rapides.
  • Parents toxiques - Susan Forward - Marabout - ISBN 978-2-501-05260-3 - Ou les origines de la phobie...

Thérapie Cognitive et Comportementale

  • Faire face aux paniques - Dr Franck Peyré - RETZ - ISBN 2-72562598-X La technique de DTA expliquée par le dr Peyré, grand ponte de la phobie en France. Indispensable.
  • Vaincre les peurs et les phobies - Marc Spund - L'Archipel - ISB 2-84187-736-1 - Contient un CD de relaxation.
  • Surmontez vos peurs, vaincre le trouble panique et l'agoraphobie - Dr Jean-Luc Émery - Odile Jacob - ISBN 2-7381-1148-3
  • La peur d'avoir peur, guide de traitement du trouble panique avec agoraphobie - Andrée Marchand et Andrée Letarte - Stanké - ISBN 2-7604-0940-6 - Bon guide technique, plutôt adressé aux thérapeutes mais intéressant.
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