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Le témoignage de Mayaël

Rencontre avec l'agoraphobie

imageDepuis longtemps, je me dis que dès que j'irai mieux, je rédigerai mon témoignage pour vous, pour celui ou celle qui me lira et qui, aux bord de n'y plus croire, au plus insoutenable de l'angoisse, viendra parcourir ce site pour y trouver un souffle d'espoir. C'est ce que j'ai fait moi quand j'allais mal et que je me disais que seule la fin de ma vie pourrait m'apporter la paix. Je ne voulais pas mourir - oh grand jamais ! - juste que cette souffrance s'arrête. Ne plus jamais me sentir au bord du gouffre, tout prêt du pire mais de quoi exactement ?

L'agoraphobie - je ne savais pas que mon mal portait ce nom à ce moment-là - est devenu handicapante à bas bruit, tout doucement. Je me souviens d'un jour où je rentrais de vacance seule avec mon frère. Il était fatigué et m'a demandé de prendre le volant. Je l'ai fait et j'ai senti le doute poindre : je me sentais mal, à bout de souffle, à l'imminence de faire n'importe quoi. J'ai prétexté n'importe quoi d'ailleurs ; il a repris le volant sans poser de question. Dans ma famille on ne communique pas. Ni sur les bonheurs, ni sur les peines. C'est comme ça. On ne refait ni les autres, ni son histoire. Mais heureusement, on a beaucoup de poids sur l'ici et maintenant. Et je crois que la vie est une succession d'ici et maintenant...

Alors, c'était un épisode. Que j'ai gardé bien enfoui, rien de plus. A cette époque, j'étais enceinte. Je venais de le découvrir. Ce n'était pas le meilleur moment. J'étais déjà maman d'une petite fille de 10 ans. Séparée de son papa, nos relations étaient cependant harmonieuses et saines. J'avais un nouveau compagnon depuis près de 4 ans. C'était en février 2004. J'avais 36 ans et un peu plus.

Et puis, à plusieurs reprises, j'ai ressenti ce genre de malaises et toujours, j'ai fui... Si j'avais su ! Comme pour beaucoup, je me suis enfermée toute seule dans ce piège. De crise de panique (puisque ce n'était que cela) en crise de panique, j'ai descendu les marches de l'enfer. Jamais de ma vie, je n'ai autant souffert qu'avec la phobie.

Mon histoire

Ma petite histoire, c'est que je viens d'une famille où on ne communique. Jamais. Mon père buvait beaucoup. Je ne me souviens pas d'un seul baiser de lui et même pas de l'avoir appelé papa. Ma mère n'est pas caressante non plus. Elle est comme ça. J'ai grandi dans un milieu insécure, partiellement violent, en tout cas verbalement c'est certain, mal-aimée dans le ressenti c'est sûr, mais sauvée par mon envie d'être plus grande, plus forte. J'ai bien travaillé à l'école. Je n'ai pas posé de problème majeur. Je suis passé entre les mailles du filet : personne n'a jamais remarqué que j'aurais eu besoin d'aide, de repères dans ce monde si difficile. J'étais border line comme on dit. J'aurais pu mal tourner (j'ai multi fugué mais sans jamais que personne s'en inquiète, alors à quoi bon ???), mais ce n'est pas ainsi que j'imaginai pas vie. Je rêvais de grandeur et de belles choses. Aujourd'hui encore et je me délecte de mes rêves. Je crois que rien ne m'est impossible.

Je pense que je suis très sensible, de fait ou alors par nature, je ne sais pas.

Ma petite histoire s'arrête là, car chacun a ses douleurs, son bout de passé qui l'a meurtri. Mais à quoi bon s'appesantir au long cours ? On ne refait pas les autres ni son histoire, je l'ai déjà écrit.

Et puis, il y a surtout que je me suis toujours malgré cela, sentie née sous une bonne étoile et puis douée pour la vie aussi. J'avais confiance en mes choix, et conscience que j'étais la personne idéale pour s'occuper de moi-même. Je me donnais le droit de me tromper. En fait, quand on grandit sans repère, on a la chance de pouvoir se les construire soi-même. On fabrique sa conscience, ses limites, ses rêves sans que rien ne soit un copier-coller de ce qu'on a pu nous apprendre. On se sent maître de ses décisions et ça, j'ai toujours adoré. C'est le revers de la médaille insécure. Plus le temps passe, plus je crois que je suis une amoureuse folle de la liberté et de l'indépendance !

Donc, je vais résumer car je deviens trop longue. Soucis encore du détail et de la perfection !

Et le travail commence...

Sous couvert d'une fin de grossesse fatigante (mensonge ! j'ai une santé de fer !!!) je me suis arrêté de travailler (un job sympa dans un espace d'art contemporain) sachant que je pourrai retrouver mon travail quand je le souhaiterai (c'est une chance, je sais...).

Quand j'ai découvert ce site, j'ai lu en quasi premier le témoignage de Chantal. Je me suis sentie proche d'elle. Surtout dans sa conviction de ne pas s'abrutir avec des médicaments plus ou moins bien prescrits.

Ma vie devenait pourtant si précaire. J'étais complètement certaine que jamais je ne retrouverai un état normal. Quand j'y pense ! La peur me suivait partout. Elle m'arrachait à mon sommeil. J'étais hagarde ; comment supporter tant de souffrance ? Je me suis souvent sentie à la limite et même au-delà de ne jamais m'en sortir, seule au monde malgré un bon compagnon et une fille adorable J'étais dans quelque chose comme l'enfer. J'avais peur des autres et surtout peur de moi. Je me croyais capable du pire et le pire c'était de m'imaginer capable de faire du mal à mes chers petits. Peur de sortir. Peur d'être seule. Peur de dormir. Peur de me réveiller. Peur d'être complètement folle. Tout était frayeur. Mais je ne détaille pas plus. Vous connaissez cela, n'est-ce pas ?

Mais comme Chantal, je savais que je ne voulais pas avoir recours aux médicaments.

En fait, à un moment, j'allais si mal que j'y ai pensé mais j'étais enceinte, alors pas question.

Elle avait réussi elle, alors moi aussi j'y arriverai, pensais-je au meilleur de ma forme.

Je suis allée au bout de ma grossesse, sans médicament. Notre fils est né. Côté ago, ça n'allait pas mieux mais j'avais commencé de comprendre l'essentiel : ce n'est pas une maladie + ce n'est pas grave + on s'en sort.

Donc en fait, ça allait mieux mais je ne le mesurais pas encore. On ne se rend pas toujours compte des progrès que l'on fait, mais on en fait c'est évident. C'est avec le recul que l'on s'en aperçoit.

Sortir de la phobie, c'est pour moi comme un vrai chantier ! Une pierre après l'autre ; un très bel édifice que l'on bâti en somme !

Mon côté indépendant, et pudique aussi, m'a empêché de confier ma souffrance trop autour de moi. Juste l'essentiel : mon amoureux et ma fille (pour qu'elle ne s'inquiète pas trop). Une fois intégré tous les possibles d'un retour au mieux-être et mieux qu'avant encore, j'ai pris mon chemin à bras le corps. Toujours sans aide chimique, d'abord car j'allaitais mon p'tit bonhomme (il a 20 mois et je l'allaite encore) et je ne voulais pas me/nous priver de ça !

Et ma bonne étoile m'a guidée. Vers mon médecin d'abord. Un homéopathe qui m'a proposé un traitement. Je l'ai pris car ce n'était "que" de l'homéopathie. Cet homme est aussi prêtre. Il m'a beaucoup beaucoup aidé, au rythme d'une séance chaque semaine. Je lui en suis infiniment reconnaissante. Il m'a rassuré : je n'étais pas folle du tout, absolument pas dépressive loin de là. C'est devenu acquis au fil du temps.

imageIl y a aussi DTA sur lequel je suis venue prendre force très souvent. Yannick, Chantal, Jaime, stanzie, vous qui venez raconter et soutenir, c'est si généreux de donner tant de soi-même ! Je trouve que c'est une très belle qualité, vraiment.

Là, environ une année était passée depuis le tout début de mes malaises. Nous étions en Février 2005. Je n'avais pas repris le travail. Je redoutais l'instant. J'avais plein de travail à plein temps à vrai dire : ma grande fille, mon bébé, mon amoureux et bien sûr mon chemin de "guérison". Je m'étais donné une sorte d'échéance : être capable en octobre 2005, de prendre l'avion pour un long voyage de deux mois en Inde. Et ça, c'était comme allaiter mon fils ; je ne risquais pas d'y renoncer ! J'aime trop voyager et l'Inde (notre 7ème voyage dans ce pays) est une destination qu'on adore sincèrement. Voyager compte beaucoup dans ma vie. J'aime aller à la rencontre des différences. Ca m'enrichit beaucoup.

Un goût de liberté

imageAlors tout doux tout doux pas à pas, j'ai refait des choses. Très simples d'abord. Il m'a fallu apprendre la discipline qui n'est vraiment pas mon point fort. Je me suis appliquée à suivre comme un programme - oh pas trop sévère non ! - mais régulier. "M'exposer" souvent, puis de plus en plus souvent. En prenant garde à ne jamais me flageller quand une expo ne se passait pas super bien faite, en tolérant de stagner voire régresser (croyais-je).

J'ai fait de mon mieux. J'ai appris à cesser de culpabiliser.

Dans le désordre, ça a été marcher dans le quartier, aller chercher ma fille à l'école (30kms aller/retour), regarder mes peurs, ne plus fuir mes pensées, balader dans la rue, aller dans les magasins (petits puis grands), dîner chez des amis, aller à des concerts, à la plage, faire des footings, rester seule, enfin, toutes les choses de la vie.

Quel bonheur ce fut de retrouver la liberté !

Ce furent des sentiments très forts de joie intérieure. J'ai découvert une saveur inestimable à la vie.

Je dois dire que je multipliais les outils : DTA + mon médecin/prêtre homéopathe + séances de relaxations + yoga. Une combinaison imparable, je le sais maintenant !

Moi, de nature un tantinet impatiente, je subodorais qu'il faudrait y mettre du temps. Combien ? Ca dépend de chacun je crois, mais il n'y a pas de miracle... Mais il est bon de s'appuyer sur une bonne dose de foi, de courage et de détermination, payante à tous les coups !

L'envol

imageOctobre est arrivé. On a fait notre beau voyage en famille, jusqu'en janvier, sans attaque de panique. Avion, train, foule (indienne, c'est dire !) tout s'est très bien passé. Ma grande fille est venue avec son père (très sympa de sa part de l'avoir accompagnée ainsi au bout du monde pour retrouver sa mère). Il y avait avec eux sa nouvelle compagne (très gentille), sa fille à elle (une amie de ma fille) et les grands-parents de mon fils. Une joyeuse bande très harmonieuse.

J'aurais bien des difficultés à dire quand je suis sortie enfin de l'agoraphobie. Tout comme elle s'installe à bas bruit, elle s'éclipse délicatement. Je mesurais bien que j'en finissais avec elle, mais aussi qu'il me restait des étapes importantes à franchir dont reprendre le travail, parcourir de très longues distances en voiture seule (ou avec mes enfants).

imageJ'ai repris le travail en mars 2006, il y a presque 2 mois. Avant de l'avoir fait, je n'étais pas tout à fait sûre d'en être capable. Je travaille toujours dans cet espace d'art contemporain, et à présent sans l'once d'un début d'AP. Quand je ressens quelque chose comme de l'angoisse, je ne monte plus jamais de scénario catastrophe. Dites-moi donc : qui n'a jamais d'angoisse ? Personne, je pense. Sauf que la phobie nous fait voir ces angoisses comme de vrais films catastrophes ! C'en est presque drôle avec le recul, je vous promets.

Je n'ai pas encore repris ma voiture seule pour une longue route mais ce n'est pas de l'évitement. Juste une organisation de vie de famille. On part en vacance ensemble, tout simplement. Je conduis autant que mon compagnon. L'occasion de partir seule se présentera un jour. Je ne ressens pas le besoin de me défier.

Maintenant

Pour conclure, et par soucis de ne pas me répandre plus encore en détails, je dirais que je me sens infiniment mieux qu'avant. Pour plusieurs raisons. Je sais maintenant que c'est en soi-même que sont les ressources du bien-être et du bonheur. Il faut apprendre à se centrer. C'est très précieux et pour toujours ! Je regarde la vie avec une grande bienveillance et une vraie confiance.

Avant je voulais être comme tout le monde mais je sentais bien que ce n'était pas le cas. Personne n'est comme tout le monde de toutes façons. A présent, je m'en fiche. Je ne me fiche pas des autres loin de là. Je me fiche que l'on me regarde différemment, dans ma sensibilité, ma manière d'être, mes rêves, mes choix de vie.

Et puis, j'ai gagné très fort à vivre dans le présent. J'ai de nouveau projets professionnels qui vont induire que j'aille vivre ailleurs. J'en ai très envie mais ce n'est pas pour immédiatement, alors en attendant je reste dans le présent et avec joie. J'aime mon travail, mes collègues sont chouettes, ma famille va bien. Je savoure tout ça puis viendra autre chose. Je suis bien moins impatiente aussi.

Et je continue le yoga (chaque semaine), la course à pied. Je prends du temps pour moi (j'adore lire). Bizarrement, en me respectant plus, je me sens plus proche des autres. Je ressens plus d'Amour en général. Amour universel je dirais.

Et quand je lis sur le forum des questions qui disent : comment peux-tu être sûre d'en avoir définitivement fini de la phobie ?

Je pourrais maintenant répondre qu'il est impossible de replonger quand le chemin a été bien fait. Quand on a décortiqué un système, quand on l'a mis en pièce comment pourrait-il se reconstruire ? La vie me réserve probablement des moments de douleurs à venir. Des séparations peut-être, des deuils un jour c'est probable, la maladie peut-être mais c'est la vie qui est ainsi. Ondulatoire et non linéaire. Je n'éprouve pas de regret à l'égard de ces 2 ans de souffrance. Elles sont aussi ma vie et je vais bien. Je suis tellement mieux armée maintenant ! Et très heureuse !


Mayaël


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