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Changer pour le meilleur

Quand, il y a plusieurs mois, Murielle m'a contacté pour me proposer de raconter mes aventures avec l'agoraphobie, j'étais super content. J'avais vraiment envie de raconter tout ça, de le partager, et de permettre à des personnes souffrant de ce mal de trouver des idées pour s'en sortir.

Je suis donc parti dans un récit sans fin et très vite je me suis rendu compte que c'était trop détaillé. Je suis convaincu que vous vous retrouveriez dans pas mal de passages, mais je pensais aussi que finalement, un témoignage ça devait être plutôt court et que de toute façon, on aurait tout loisir d'en discuter autour d'un message sur le forum. Voici donc mon histoire, aussi courte et précise que je le peux. J'espère qu'elle vous aidera dans votre combat de tous les jours pour vous séparer de cette peur qui vous pourrit la vie.

Quand votre vie change du jour au lendemain sans prévenir

Je ne sais pas trop quand tout ça a commencé. Après avoir lu plusieurs livres sur l'agoraphobie, j'en ai déduit qu'il y avait des facteurs prédisposants et des facteurs précipitants. Les prédisposants sont sûrement liés à ma personnalité (sensibilité, timidité, manque de confiance en moi) et à mon éducation (normale mais dans un environnement sécuritaire). Pour ce qui est des facteurs précipitants, ils ne sont pas compliqués: stress et fatigue.

Si je devais mettre une date sur un commencement, ce serait le 21 juin 1997, jour de la fête de la musique. J'ai eu un malaise, dit "vagal", mais j'ai réellement cru que j'allais mourir. La peur de m'évanouir et de ne pas comprendre ce qui m'arrivait a transformé ce simple malaise en crise d'angoisse (ou attaque de panique comme disent certains !). On m'a emmené à l'hôpital et les médecins n'ont rien décelé de physique. Je suis donc rentré chez moi, mais une nouvelle crise est réapparue plusieurs jours plus tard, et c'est comme ça que la peur s'est installée.

L'entretien de cette angoisse pendant des années

Ne comprenant pas ce qui m'arrivait, j'ai décidé de faire attention à ne pas trop me fatiguer. Je venais de finir mes études et le stress et la fatigue m'ont conduit vers ce malaise. Mais moi, ne comprenant pas ce qui m'arrivait et le fait qu'on ne m'avait pas dit clairement ce qui s'était passé, j'ai analysé ça à ma manière, tout seul comme un grand: Trop de stress et de fatigue c'est dangereux.

En fait, l'angoisse commençait à venir quand je me sentais fatigué. La peur de la fatigue me rendait malade. Je ne faisais plus de sport, de peur d'être fatigué, mais ce n'est qu'un exemple. La peur du malaise, donc la peur de la peur m'empêchait de vivre. Je n'étais pas prêt à revivre tout ça...

Je n'en ai parlé à personne sauf à ma petite amie. Mais elle vivait aux États-Unis, ce qui n'arrangeait sûrement pas mes affaires. Et comme je venais de finir mes études, il fallait que je trouve un travail. Mais l'angoisse s'était bien installée et toute manifestation de fatigue était désormais analysée comme un danger. Le changement cognitif avait déjà eu lieu. C'est beaucoup plus rapide à dérégler qu'à régler ces affaires-là !

J'ai passé pas mal d'entretiens, mais je ne me sentais pas capable de prendre un job à temps plein, j'avais trop peur qu'il m'arrive quelque chose. Et comme je n'avais pas trop confiance en moi, je voyais tout en négatif et c'était vraiment très dur à gérer.

Finalement, je suis reparti pour un an à l'école, faire un Master sur Bordeaux. C'était pour moi une sorte d'évitement envers le travail. Mais c'était aussi une sorte de défiance vis-à-vis de mes problèmes.

En effet, entre le moment de ma première crise d'angoisse et le moment où je vais repartir à l'école, il va s'écouler plus d'un an... Pendant cette année-là, je vais chercher un travail qui ne viendra pas. Je vis chez mes parents qui se demandent ce qui peut bien m'arriver et qui me poussent à prendre n'importe quel job. Mes peurs sont de plus en plus grandes et elles se mêlent à une grande solitude qui se transforme en dépression. La grande forme quoi !

Il va me falloir du courage pour remonter la pente et ce petit mieux je vais le trouver grâce au Yoga, qui va me permettre de reprendre contact avec mon corps. Bien sûr, je ne vais pas à un cours parce que l'agoraphobie est tranquillement en train de se mettre en place, mais je vais acheter un livre et faire les exercices concernant l'anxiété. Ce sont eux qui vont me permettre d'aller un peu mieux et de refaire surface. Pendant cette année-là, je vais bosser quelques mois dans l'entreprise où travaille mon père, ce qui va m'aider à reprendre contact avec le monde extérieur. Du coup, je me sens mieux et je décide de refaire une année d'études pour me spécialiser dans quelque chose que j'aime, histoire, déjà à ce moment-là, d'être un peu plus en phase avec qui je suis...

Cette année d'études se passera bien, mais je reste toujours sur la défensive, je surveille mon corps et mes peurs. À la fin de cette année scolaire, je trouve facilement un travail sur Paris. Je me sens mieux, j'ai mis un peu mes peurs en recul donc je me sens capable d'aller bosser sur Paris. Bizarre des fois ce que l'on peut faire... Faut dire que ma petite amie rentre des USA et a trouvé un job sur Paris aussi. C'est l'occasion pour nous de vivre ensemble.

...et puis tout craque sous la pression constante des peurs

Je monte donc sur Paris, et les années qui vont suivre, jusqu'en 2002 vont être très difficiles à gérer. Et je dirais que c'est cet environnement global qui va me servir de facteur précipitant. Si tout se passe bien avec ma copine, on ne peut pas en dire autant du travail. Ce n'est pas ce que je pensais, il me faut 1h30 de transport en commun pour y aller chaque matin (idem pour revenir le soir...), les gens sont super stressés, que ce soit dans la rue ou au boulot. Au travail, c'est un peu chacun pour soi, que le meilleur gagne ! On m'envoie faire des projets inintéressants dans des endroits perdus de la France profonde, seul dans des hôtels minables. Bref, la déprime revient, et les peurs aussi.

Un tel climat de stress ambiant ne fait qu'attiser mes peurs et mon angoisse. Au boulot, les gens sont super tendus, nerveux et je le ressens beaucoup. Je me sens comme une éponge. Tout ça va s'accumuler en 3 ans, 3 longues années où je vais rester dans cet environnement qui me pourrit la vie. J'aurais pu changer de travail, mais quand on part, on sait ce que l'on perd mais on ne sait pas ce que l'on gagne. Et ce milieu, si néfaste fut-il, je le connaissais, et donc je savais maîtriser mes angoisses dans un lieu qui m'était connu. Ça aurait pu être pire ailleurs.

Mais tout cela me conduisit, début 2002, à une tension extrême, et ce pour plusieurs raisons. La première est que ma copine va bientôt devenir ma femme et qu'il faut qu'on prépare le mariage. Je suis déjà surmené et cette préparation ne va rien arranger... Ensuite, elle décide d'arrêter de travailler pour faire un MBA. Donc, je ne vais pas bien, mais je ne dois pas flancher parce que si je me retrouve sans travail, on n'aura plus de revenus... Et enfin, le climat au boulot continue d'être tendu avec pas mal de changements de direction et un chiffre d'affaires qui ne décolle pas.

Tout ça me mène en Avril 2002 vers ma deuxième crise d'angoisse. Mais celle-ci va être terrible. À ce moment-là, on vit sur Fontainebleau et je travaille sur Vélizy. Entre les deux, 80 kilomètres dont la plupart dans les bouchons. J'en peux plus. Je suis au bord de la rupture. Et tout à coup, je ne peux plus respirer, mon coeur s'accélère et ma vision se trouble. Ça y est, je suis en train de mourir... là, au beau milieu de cette autoroute, avec tout ce monde autour de moi... Quelle honte... Je panique, je ne sais pas quoi faire. Je me cramponne à mon volant et je tiens le coup tant bien que mal jusqu'à la première aire de repos. Là, je vais rester une bonne heure "entre la vie et la mort". Je me vois partir. J'essaie de prendre l'air, mais je n'arrive pas à sortir de la voiture. C'est effrayant.

Puis, après cette bonne heure, les symptômes baissent un peu. J'en profite donc pour reprendre le volant et j'arrive chez moi. Là, je n'ai plus rien, si ce n'est une très grosse fatigue. Le lendemain, j'essayerai de prendre le volant pour retourner au travail, mais je n'y arrive pas. Dès que je rentre dans ma voiture j'ai peur, je suis mort de trouille. C'est comme ça que je vais me retrouver enfermé chez moi.

J'appelle mon patron pour lui dire que je suis malade et prends plusieurs semaines de vacances. Mais rien ne va, je ne peux pas sortir de chez moi !! Ma fiancée, puisque nous sommes fiancés à ce moment-là, me propose d'aller voir un psy. Je refuse. Tout va s'arranger, j'ai juste besoin de vacances. Mais ça ne va pas mieux. Je panique constamment, je ne dors plus. Tout va mal.

Première thérapie = Premier pas vers la guérison

En désespoir de cause, je lui obéis et vais voir une thérapeute qu'elle me conseille. Là, je vais entreprendre un travail de 6, 9 mois environ. C'est une sorte d'analyse et je pense, à ce moment-là que ça va me guérir. Je fais alors un travail énorme sur moi-même. C'est incroyable comment ça a changé ma vie sur le long terme. J'apprends des choses sur ma famille, sur moi-même, et je me rends compte de ce qui ne va pas dans ma vie, dans ma tête.

Mais cette thérapie a beau m'aider considérablement à me sentir plus en phase avec qui je suis, elle ne chasse pas mes peurs... Ce n'est que quelques mois après que je vais découvrir comment régler mon problème.

Il paraîtrait que je suis agoraphobe ?

Entre les deux, on se marie (plusieurs crises d'angoisse dans l'église sans que personne ne s'en rendre compte...) et on quitte Fontainebleau pour aller s'installer en Belgique. J'ai dû démissionner et ma femme a trouvé un travail sur Bruxelles. Vous imaginez bien l'état dans lequel j'étais pendant cette transition. Et finalement, pour me retrouver dans la même situation, enfermé chez moi. Cependant, il va y avoir une différence. En Belgique, j'ai Internet. Et c'est par hasard, en surfant sur le web, que je vais tomber sur Déploie Tes Ailes. C'était le 25 Mai 2003. Pour moi, c'est une révélation et le 2ème grand changement après la thérapie sur Fontainebleau. Là, je me rends compte que je ne suis pas seul. Je partage avec d'autres personnes qui deviennent vite mes amis, et ça m'aide beaucoup. C'est notamment là que je vais découvrir ce qu'il faut que je fasse pour m'en sortir: une TCC ! Une quoi ? Une Thérapie Cognitivo-Comportementale. Et vu que je ne m'en sors pas seul, je me jette très vite sur mon annuaire et trouve le thérapeute le plus proche de chez moi. J'essaie de ne pas trop réfléchir et je l'appelle. Je lui explique mes soucis et il me dit que c'est tout à fait son expertise.

Deuxième thérapie : pour s'en sortir, il va falloir faire face à ses peurs. C'est le geste le plus important du chemin vers la guérison.

Je me rends donc chez lui et il va me faire faire toute une série d'exercices pour m'aider à comprendre ce qui se passe: mon cerveau analyse les choses d'une manière décalée par rapport à la réalité et notre job, à lui et à moi, va être de faire le chemin inverse, et donc de faire face à ces peurs... Et ça, ça me fait peur !! Mais j'ai envie de m'en sortir donc je lui fais confiance.

Il va me faire faire toute une série d'exercices... On pourra en parler à travers le forum. Il serait trop long de tout vous expliquer ici. Mais en quelques mois, je vais réapprendre à sortir de chez moi, à aller dans ma rue, puis dans mon quartier, puis progressivement plus loin, en faisant progressivement baisser la peur. Et lui, de me mettre devant le fait accompli en me disant: "ben vous voyez bien, il ne s'est rien passé !". Et moi de lui répondre: "oui, mais ça aurait pu...". Bref, tout un changement progressif pour reprendre confiance et baisser les peurs. Je fais, à ce moment-là un travail énorme pour que mon "enfant" n'ait plus peur, pour que mon "parent" arrête de faire peur à "l'enfant" et que pour mon "adulte" prenne confiance et ait plus de place. C'est ce qu'on appelle de l'analyse transactionnelle.

Ça peut paraître simple comme ça mais c'était très très dur. Faire face à ses peurs est quelque chose de terrible. Mais l'envie de m'en sortir était plus forte. L'envie de vivre, tout simplement, était plus forte. Je me suis donc battu. C'était sûrement le combat de ma vie, mais je devais passer par là pour m'en sortir ou rester enfermé dans ma prison. Certains exercices ont été extrêmement éprouvants. Mais je peux vous dire que la joie qui a suivi chacun de ces moments me faisait oublier la difficulté. Et la fois suivante, je voulais réessayer pour éprouver cette même joie, ce même bonheur. C'est un peu aussi ce qui m'a aidé et donné la force d'avancer : l'envie de recommencer à aimer la vie et à en profiter.

Mon thérapeute, à ce moment-là, m'affirme plusieurs fois que l'analyse que j'ai faite en France est un gros plus pour avancer plus vite, et ce, parce que je comprends pourquoi j'ai eu toutes ces peurs. Certains estiment que ce n'est pas important, mais dans mon cas si. Pourquoi ? Parce que grâce à ces deux thérapies, j'ai changé ma vie, et je ne suis pas reparti dans un environnement qui aurait recommencé à me briser. L'analyse m'a permis d'être en phase avec moi-même et à prendre de l'assurance. La TCC, quant à elle, m'a permis de revenir à une vie normale et à être suffisamment libre pour entreprendre cette nouvelle vie.

Tout ça sans médication... ou presque

Tout ce chemin parcouru pendant toutes ces années s'est fait sans médication ou presque. Pendant mes années d'angoisse sur Paris, mon docteur avait diagnostiqué une hypertension artérielle et j'ai été sous médicament pendant six ans environ. En Belgique, le docteur a trouvé que ça venait de l'anxiété et me l'a supprimé. Par contre, elle m'a donné des médicaments à base de plantes pour mieux dormir et me détendre.

On m'a pourtant proposé de prendre des anti-dépresseurs à un moment donné. Mais je sentais bien que le problème était ailleurs et que la médication ne m'aiderait pas à aller mieux. Par contre, il y a des personnes pour lesquelles la médication peut être un pas pour réussir à faire face à ses peurs. Chacun a sa propre histoire, et ce qui est bon pour l'un ne l'est pas nécessairement pour l'autre. Et c'est le cas pour les médicaments.

Depuis que je vis en Suisse, j'ai pris une sorte d'anxiolytique qui me permet de détendre mon ventre. Avec toutes ces années d'anxiété, mes organes se sont contractés et il m'a fallu prendre ce médicament pour détendre le subconscient et ainsi détendre mon corps. J'ai beaucoup dormi pendant plusieurs mois histoire de récupérer. Et j'ai aussi l'impression que ça m'a aidé à apprendre à être plus calme.

Mais pendant ma période de grande agoraphobie et au moment de la TCC, je n'ai pris aucun calmant. J'ai dû tout faire par moi-même.

Lumière et Liberté : Vive la vie !

En Octobre 2005, nous partons pour la Suisse, où nous vivons aujourd'hui. Là, j'ai recommencé à prendre les transports en commun, à aller dans les supermarchés. Et surtout, j'ai pu commencer ma nouvelle vie. J'ai pris des cours d'art, je me suis mis à la peinture et aujourd'hui, je travaille en freelance comme designer web, graphiste et je fais toujours de la peinture. Je vais également être papa au mois de novembre.

Plein de fois, je me suis dit que l'agoraphobie était derrière moi. Mais le week-end dernier, j'ai fait quelque chose qui me fait dire que cette fois-ci, c'est bon, c'est vraiment derrière moi. Je suis allé au mariage d'un ami, seul, à Barcelone. J'ai dû prendre l'avion, seul, puis retrouver des amis pour aller ensuite dans les montagnes faire la fête. Je n'ai pas une seule fois ressenti de l'angoisse, de la peur. Et pourtant, j'ai peu dormi, j'ai fait pas mal "d'expositions" comme on dit en TCC... Pourtant rien. Et là, je peux vraiment affirmer que je ne suis plus agoraphobe. C'est terminé. Et vous aussi, vous pouvez vous en débarrasser. Il faut certes affronter ces peurs, mais le challenge n'en vaut-il pas la peine ? Vous n'avez pas envie de vivre libre ? De profiter de la vie et de réaliser vos rêves ? Donnez-vous cette chance et vous serez heureux pour le reste de votre vie parce que quand on a vécu l'enfermement, la liberté est encore plus belle !!


À très vite sur le forum j'espère...

Francis, alias Guinouss


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